__Je suis faible. Faible. Nous sommes tous faibles. J'y ai pensé, repensé. On essaye de faire croire aux autres qu'on est fort mais on est faible, quand même, qu'on le veuille ou non. Mais à vouloir jouer au fort, on n'attire que l'indifférence des autres. Les gens croient alors que nous ne connaissons pas les emmerdes, ni les soucis, les pleures et les coups d'blues, parce que nous sourions tous les jours, tous les matins. Et puis on leur en veut, on leur en veut quand ils se disent être notre ami alors qu'ils ne se doutent même pas que nous allons mal. Et ils se disent être notre ami... Mais pourtant c'est nous, & rien que nous qui brouillons les pistes, en disant "ouais ça va & toi ?" au lieu de "non ça va pas non", en essayant de retenir nos larmes avec une cigarette & un sourire forcé au lieu de crier notre mal-être. Envelopper sa tristesse, s'emmurer dans le silence, sourire au monde pour le leurrer, un coeur gelé qui prend des faux semblants comme manteau, s'tenir debout comme un arbre aux branches d'argile, du cristal sous du marbre, ravaler ses larmes qui sont là, au bord, prêtes à couler, comme nous qui sommes prêts à tomber, cacher une peine qui devient trop lourde au fil des jours, cacher, se cacher... Enfin trouver le sommeil après un combat interminable avec ses pensées, après ces fameuses nuits où l'on se retrouve seul chez soi, rattrapé par nos idées noires, avec pour seule arme nos larmes flinguant le moindre de nos espoirs. Se lever, trouver la force de se lever chaque jour, se lever pour quoi, pour qui ? Pour rien. Ce sera encore une journée comme les autres, qu'il fasse beau ou mauvais. On essaye de trouver une autre ruelle, mais au fond, elles sont toutes les mêmes, le paysage est différent, mais c'est toujours les mêmes gens, toujours la même route, toujours les mêmes doutes. Et pour ne pas toucher l'fond, on s'répète: "ce qu'aujourd'hui n'est pas, demain sera peut-être". Et c'est toujours la même rengaine. Le jour les mêmes routes, la nuit les mêmes doutes. Sans cesse on essaye de tromper les apparences, de feindre l'indifférence. De simples illusions en grosses déceptions, on fini par se déconnecter du réseau, à vivre dans l'faux. Ca fait moins mal & c'est moins brutal. J'veux pas mourir de mon vivant, dans des drames silencieux, j'sais vraiment plus quoi faire, ni quoi dire. J'ai plus envie de parler d'moi, j'commence à fuir les personnes qui me tendent la main, qui ont compris que ce n'était pas tout rose dans ma p'tite tête. C'est peut-être paradoxal mais c'est difficile quand on réalise que la personne qui pourrait nous consoler est justement celle qui nous fait pleurer. Ce mal-être devient chronique, des douleurs qu'on traîne. On espère qu'elles disparaissent, mais en fait elles hibernent. Dans l'hiver de nos plaies, mon coeur la renferme. Et c'est dur, les jours passent & on devient plus faible, on perd goût à la vie, les envies s'éteignent devant un avenir qui reste gris, & un coeur aussi... Sourire tous les matins ne veut pas dire que tout va bien.